Il était pressenti, le voici mis au jour. Un exceptionnel atelier monétaire gaulois a été découvert durant les fouilles archéologiques conduites cet été dans la cité arverne de Corent. Cet ensemble de bâtiments aurait très probablement permis de battre des pièces d’or et d’argent sur le site avant la conquête romaine et la bataille de Gergovie.
Un atelier monétaire arverne unique en Europe
Attenant à celui découvert en 2024, l’atelier monétaire révélé durant les fouilles 2026 se présente, d’après l’archéologue responsable du chantier Matthieu Poux, comme le plus vaste et le plus complet fouillé à ce jour dans le monde antique.
Dans le détail, ce sont cinq à six ateliers contigus, alignés sur plus d’une quarantaine de mètres de longueur et bordés par un portique de façade, qui porte leur largeur à plus de 8m de portée. Intégralement construits sur des fondations en pierre, inédites pour la période gauloise, ces ateliers étaient adossés à un puissant mur qui visait à les isoler et les protéger du reste de la ville.
Mais quels sont les indices qui ont aiguillé les archéologues sur la fonction précises de ces bâtiments ? Plusieurs preuves retrouvées dans le sol sont à citer : des dizaines d’outils en fer, en pierre ou en céramique, caractéristiques de la production de monnaies, ont été recueillis. En particulier, de nombreux fragments de creusets utilisés pour le traitement du minerai et la fonte des alliages. Certains d’entre eux ont conservé d’infimes traces de métal jaune ou argenté s’apparentant à de l’or et à de l’argent…
Si la présence de ces métaux précieux doit encore être confirmée par des analyses en laboratoire, l’hypothèse d’un atelier dédié à la frappe de monnaies en or et argent est aussi étayée par une autre découverte exceptionnelle : un « disque monétaire » en plomb, portant l’empreinte de deux poinçons monétaires correspondant à une variante de statère (monnaie en or ou en electrum) dite “à l’aurige et roue quadripartite” – bien connue en territoire arverne, notamment à Corent et Gergovie, mais aussi à hauteur de deux exemplaires dans les vestiges de la bataille d’Alésia en 52 av. J.-C. Un petit coin monétaire en bronze, recueilli en fin de fouille, semble se rapporter au même type, ou à une variante encore indéterminée de drachme arverne (monnaie en argent).
Aucune pièce ou déchet de production en métal précieux n’a été retrouvé dans ces ateliers, nettoyés avec le plus grand soin.

Une découverte sur la chaîne de production de monnaie gauloise
L’ampleur et l’état de conservation des vestiges permettent, pour la première fois d’après les chercheurs, d’appréhender toute la chaîne de production monétaire. Certains espaces, dotés de foyers ou de fours et même de bassins, alimentés en eau par des canalisations, étaient manifestement destinés au traitement du minerai brut (cementation/coupellation) et à la fonte des alliages métalliques ; d’autres à la mise en forme des flans (monnaies non frappées) ; d’autres enfin, à la production des coins (poinçons monétaires) et à la frappe des pièces.
Les caractéristiques de l’atelier de Corent mis au jour en font le seul de cette taille conservé et fouillé de façon aussi exhaustive, à l’échelle de l’Europe celtique, voire du monde antique. Sa période d’activité couvre essentiellement le second quart du Ier siècle avant notre ère (60-50 av. J.-C.).
Par son envergure et sa situation en bordure de la place centrale de l’oppidum, ce complexe évoque des établissements publics d’émission de la monnaie connus, par exemple, à Athènes, à Thessalonique ou à Rome.

Corent, un chantier de fouille depuis plus de 20 ans
Les fouilles de l’oppidum gaulois de Corent (Puy-de-Dôme), qui ont repris en 2006, avaient pour objectif la découverte d’un ou plusieurs atelier(s) de production monétaire, dont l’existence était pressentie en périphérie d’un premier atelier découvert et fouillé en 2024.
Localisé à l’intérieur même du parc archéologique de Corent, propriété du conseil départemental du Puy-de-Dôme, cet atelier a produit de petites monnaies en bronze frappées d’un renard, particulièrement nombreuses sur le site.
La fouille de cet été, qui s’est déroulée du 20 juillet au 10 septembre 2026, a mobilisé près d’une centaine d’étudiant(e)s et bénévoles sous la direction de Matthieu Poux (professeur d‘archéologie, l’université Lumière Lyon 2). Portée par l’association LUERN (Laboratoire Universitaire d’Enseignement et de Recherche en archéologie Nationale), elle a bénéficié d’un important soutien financier du département, complété par une subvention de l’État (Service régional de l’archéologie, DRAC-Ministère de la Culture et de la Communication), qui autorise et assure le suivi des opérations.

